Comment survivre au deuil

Que faire après une perte tragique, quand un trou noir de tristesse et de désespoir nous entraîne sans merci au fond d’un gouffre ? Comment vivre le deuil pour vraiment faire face à ce qui nous est arrivé ? Comment transformer notre manière de voir le deuil et comment cela peut nous aider à accepter ce qui semble être inacceptable.

Dès le tout début du séminaire que j’animais, Marie a annoncé qu’elle avait perdu son mari, 4 ans plus tôt. Son départ a été pour elle une expérience bouleversante. Il était atteint d’un cancer. Lorsque la maladie a été diagnostiquée, on lui a annoncé qu’il ne lui restait plus que six mois à vivre. Une demi-année pour dire au revoir à quelqu’un qu’on aime.

En le racontant, Marie était calme. Elle a clairement mis l’accent sur le fait qu’elle avait déjà fait la paix avec le deuil et que peu de temps après la mort de son mari, elle a retrouvé une vie normale. Elle est venue en séminaire pour explorer des aspects complètement différents de son monde intérieur.

Lors des étapes suivantes du travail de groupe, Marie a essayé de rester concentrée sur son travail, son objectif et la direction choisie. Cependant, quelque chose à l’intérieur d’elle dirigeait son attention sur les événements du passé. Les émotions lui sont revenues, alors qu’elle était convaincue qu’elle était en paix depuis longtemps.

Souvent, en animant des ateliers, j’encourage les participants à s’observer, en laissant venir et se laisser traverser par tout ce qui se présente. Demander à cette partie rationnelle de notre personnalité de s’écarter un moment afin de nous permettre de suivre ce dont notre âme a le plus besoin. Notre subconscient sait exactement ce sur quoi nous devrions nous concentrer à un moment donné dans notre travail sur nous.

Au cours des exercices, Marie a annoncé qu’elle ressentait à nouveau diverses émotions associées au départ de son mari. Je pouvais y ressentir un soupçon de frustration – ce n’était pas l’endroit où elle souhait regarder.

Souvent, par peur des émotions accablantes associées à la perte, nous fuyons le deuil et le figeons dans notre corps. Nous nous coupons de ces sentiments et nous ne nous permettons pas de vivre la profonde tristesse que l’on ressent après le départ d’un être cher.

Le problème est que cette tristesse ne disparaît pas. Nous l’enfermons dans les recoins les plus profonds de notre psyché, d’où, sous la surface de notre conscience, elle affecte notre vie quotidienne. Comme l’eau bouillante dans une cocotte-minute, tôt ou tard, elle nous fait savoir qu’elle est là. Souvent, de telles émotions figées dans le corps peuvent être à l’origine de diverses maladies, dépression ou dépendances.

J’ai décidé de découvrir comment c’était dans le cas de Marie. J’ai demandé si elle aimerait en parler, et comprendre pourquoi les émotions associées à son mari lui revenaient de cette manière. Elle a accepté. Je lui ai donc demandé de me raconter son deuil. A quoi ressemblait-il ? Combien de temps cela t-il duré? Comment a-t-elle fait face?

Sans réfléchir elle me répondit : « Mon deuil a été bref. Quand il est décédé, mon mari m’a demandé une dernière chose. Je lui ai promis de répondre à sa demande, peu importe ce que c’était. II m’a alors demandé de ne pas pleurer après sa mort, de peur de désespérer ou de détruire ma vie avec cette tristesse. Pour que je revienne à la réalité le plus vite possible. Pour que je refasse ma vie et ne pas la gâcher en pleurant. C’est ce qui s’est passé. Dès qu’il a quitté ce monde, j’ai étranglé mes émotions, et peu de temps après, j’ai commencé à vivre…. « 

Il m’est rapidement devenu évident que Marie n’avait pas fait face à son deuil. Elle ne l’a pas encore pleinement vécu. Lors de la promesse faite à son mari, elle a figé ses sentiments et émotions dans son corps afin de retrouver une vie normale le plus rapidement possible.

Qu’est-ce que le deuil?

Il y a quelque temps, j’ai lu cette phrase qui a particulièrement attiré mon attention:

« Le deuil est le prix de l’amour. »

Quand le l’ai lue, tout est devenu si simple et si évident ! Plus nous nous attachons, plus le deuil que nous vivons est grand. Voulant connaître l’auteur de ces mots, j’ai effectué quelques recherches et j’ai découvert un psychiatre britannique, le docteur Colin Murray Parkes, spécialiste du deuil. Dans l’un de ses livres, il écrivait: « La douleur du deuil fait tout autant partie de la vie que la joie dans l’amour: c’est probablement le prix que nous payons pour l’amour, le prix que nous payons pour l’attachement ».

Le deuil a quelque chose en soi, que ne l’on peut simplement pas « guérir ». Nous devons passer par là. L’affronter. L’assumer. La profonde tristesse après une perte est une réponse tout à fait naturelle et adéquate à cette situation difficile, et toutes les tentatives d’échapper à la douleur ne font que la retarder.

En plus, le deuil n’est pas seulement la tristesse. C’est aussi la colère, le déni, la culpabilité et le désespoir. Tout le monde vit le deuil à sa manière. Le plus souvent c’est un mélange d’émotions différentes, ce qui le rend encore plus difficile à vivre. Le plus grand défi face au deuil est donc de nous permettre de vivre toutes les émotions qui naissent en nous.

Le deuil ne s’applique pas uniquement aux situations dans lesquelles tu as perdu un être cher, ton père, ta mère, ton enfant… Le deuil fait partie intégrante de notre vie et tout le monde, sans exception, le vit à un moment ou un autre.

L’élément indissociable de notre nature est la nécessité de nous attacher. Nous nous attachons émotionnellement aux personnes, animaux, lieux, objets, situations, travail… Le deuil peut être lié à d’autres situations difficiles que nous vivons tout au long de notre vie:

  • Un divorce ou une séparation,
  • La perte de son d’emploi ou le départ à la retraite,
  • Une fausse couche,
  • La mort d’un animal de compagnie,
  • Perdre l’occasion de réaliser un rêve,
  • La vente de la maison familiale,
  • La perte de la bague de fiançailles transmise de génération en génération,
  • La fin d’une amitié de longues années, etc…

Tous ces événements sont associés à la perte de quelque chose et c’est avec cette perte que commence le processus de regret – en éprouvant une profonde tristesse, comme un énorme trou noir, nous tirant impitoyablement vers son fond.

La neuropsychologie de l’évitement du deuil

Les psychologues ont compris quels processus dans notre cerveau sont responsables du phénomène de « déni du deuil ». Pour les chercheurs, il était évident que les personnes qui évitent le deuil, contrôlaient leur environnement extérieur de manière à occulter le souvenir de la perte. Par exemple, en cachant toutes les photos de la personne disparue. Cependant, personne n’a été en mesure de démontrer que l’on est capable de maîtriser le monde intérieur.

Une étude menée par Columbia Engineering et Columbia University Irving Medical Center (leurs résultats ont été publiés le 7 décembre 2018) met en lumière le phénomène d’échappement au deuil. L’auteur de l’étude, NoamSchneck, a résumé ses résultats de la manière suivante:

« Sans en avoir conscience, les personnes qui évitent le deuil contrôlent activement leur état mental de sorte qu’aucune pensée spontanée de perte n’atteigne leur conscience.

Cette influence subconsciente sur nos pensées épuise généralement nos ressources d’énergie vitale et conduit à des situations dans lesquelles les pensées parasites parviennent néanmoins dans notre conscience. C’est un peu comme un programme inefficace pour bloquer des fenêtres pop-up qui fonctionne en arrière-plan lorsque nous travaillons sur un ordinateur. Tu n’es pas conscient de son travail en arrière-plan, mais son activité ralentit tout l’ordinateur et, de temps à autre, une telle fenêtre franchit le verrou et apparaît sur l’écran. « 

Les psychologues participant à cette étude suggèrent que l’un des moyens de faire face au deuil peut être une activité visant à lâcher le contrôle conscient et inconscient, par laquelle nous essayons d’éviter de penser à la perte (des exercices de méditation ou de relaxation peuvent être utiles).

Parfois, nous ne sommes pas prêts à regarder dans les yeux du désespoir qui se cache dans les recoins de notre psyché. Repousser le deuil est un mécanisme de défense nécessaire – à ce moment là – grâce auquel nous pouvons fonctionner au quotidien.

Le désespoir peut être tellement accablant que si nous n’avons pas le soutien et l’espace adéquat pour le vivre, il peut se transformer en expérience traumatisante. C’est pourquoi, pendant le deuil, chercher du soutien auprès de ceux qui peuvent nous aider, est la clé pour le transcender. Des personnes auprès de qui nous pouvonsdéverser nos larmes sans retenue ni crainte d’être jugé, des personnes qui vont nous serrer dans leurs bras et ne nous dirons pas: « Il est temps de bouger, là! » ou « Ce n’est rien de grave. » Tu as le droit de vivre pleinement ce que tu ressens lorsque tu vis une perte. Si ta souffrance est trop lourde, avant d’ouvrir la porte de ce lieu en toi-même où tu as caché ton chagrin,  veille à ce que tu aies quelqu’un vers qui te tourner dans les moments les plus difficiles.

A quoi peut ressembler la mort d’un être cher quand on se permet toutes les émotions qui l’accompagnent ? Pour répondre à cette question, je citerai ici le texte d’une personne qui après un travail sur elle a vécu des moments troublants.

Quand tu te permets d’être en deuil

Voici le message que j’ai reçu de la part de Catherine. Elle participait à un groupe de parole que j’animais. Catherine a accepté la publication de ce texte.

Attachez vos ceintures, respirez à fond…

« Deux jours avant Noël, mon beau-père souffrant d’une maladie cardiaque a eu subitement une crise. Quand j’ai couru dans sa chambre je le voyais inconscient étendu sur le sol. Il n’avait pas de pouls.

Mon mari a commencé à lui faire un massage cardiaque. J’ai essayé d’appeler une ambulance. Mes mains tremblaient, en même temps je vérifiais s’il respirait. Une pensée m’est venue à l’esprit : en ce moment nous luttons. Respire, respire, respire… Lorsque j’ai consciemment porté mon attention sur ma propre respiration, j’étais finalement capable d’appeler l’ambulance. La dame du service (je lui en suis très reconnaissante) parlait calmement et avec clarté. Nous avons fait ce qu’elle nous a dit  de faire. Sa maîtrise d’elle-même, son calme et ses informations factuelles m’ont aidé à me concentrer exactement sur ce que je faisais.

Je répétais à mon mari les mots de cette dame. Lorsque mon beau-père retrouvait son pouls, nous le mettions sur le côté, lorsqu’il le perdait, nous reprenions le massage cardiaque. Il perdait, alternativement, son souffle et son pouls, puis les retrouvait un instant. Une pensée m’est venue: il est en train de mourir, et nous ne pouvons rien faire… Et encore une fois, ce sentiment est apparu : une impuissance écrasante. C’est une situation que je ne peux pas contrôler et la seule chose que je peux faire maintenant est de ressentir … de l’impuissance et un terrible manque de contrôle. C’est sacrément douloureux … dans une telle situation.

Puis, une « tornade a traversé la maison ». Les pompiers sont arrivés (l’unité de secours la plus proche), une ambulance, une deuxième ambulance. Des gens plein la maison. Ma belle-mère en état de choc. Nous nous sommes écartés – la situation a été prise en main par les sauveteurs. Cela a duré plusieurs dizaines de minutes. Je tenais la main de ma belle-mère, puis je courais vers mes enfants qui se trouvaient dans la pièce d’à côté. J’observais tout cette agitation, entendais tout ce vacarme. Je regardais mon mari qui se tenait debout devant son père… Je savais qu’il était en train de mourir et que nous ne pouvions rien y faire.

Aujourd’hui, je le vois comme la scène d’un film qui se joue au ralenti. Quand mon beau-père est décédé, j’étais avec mes enfants. Je leur ai dit ce qui s’était passé et je leur ai demandé de ne pas essayer de retenir la tristesse en eux, mais de la laisser couler, de la vivre… Moi-même je ne parvenais pas à pleurer à ce moment-là. Je pense que l’adrénaline agissait encore.

Le contrecoup est arrivé le lendemain. Il y a eu encore beaucoup d’autres moments plus tard que j’appelle magiques. Cette scène où le grand-père est allongé sur le canapé, où nous tous, en silence après toute cette tornade qui nous a traversés, nous lui disons au revoir. Je pensais alors que de tels moments se produisaient très rarement. Le plus souvent, les gens quittent l’hôpital ou un centre de soins palliatifs, et n’ont pas la possibilité de vivre des tels moments.  Cela ne leur permet pas de rencontrer la mort et de la reconnaître comme un élément inséparable de la vie, et pourtant c’est la seule chose certaine qui va nous arriver. La seule certitude …

Toute cette histoire et tout ce qui s’est passé plus tard m’ont permis de me réconcilier avec ma souffrance, ma tristesse, mon chagrin, mon impuissance, ma peur, mon angoisse. Nous nous sommes autorisés à vivre pleinement l’expérience sans essayer d’y échapper, sans nous cacher, sans la réprimer.

Nous avons vécu le deuil de mon beau-père, et nous continuons à en faire l’expérience. Notre vie est constituée de différents éléments : joie et bonheur, mais aussi souffrance et tristesse, peur et aspiration. Ce sont des éléments inséparables de nous-mêmes. Il est bon de simplement nous permettre de vivre un sentiment de joie, mais aussi d’autres, y compris ceux qui causent des souffrances. « 

Quand j’ai lu cet email pour la première fois, j’ai eu l’impression que le monde s’était arrêté un instant. J’ai lu chaque mot, sentant la pression grandissante et j’avais l’impression d’être là, avec Catherine… Au bout du message, toute cette pression a fait place à la joie que l’adieu aux personnes que nous aimons peut avoir tant de beauté. Je suis impressionnée par la maturité et le courage de Catherine d’accueillir toutes ces émotions difficiles. Je tiens également à la remercier ici de m’avoir permis de publier ses écrits, car je sais à quel point cela peut aider les personnes qui peuvent être confrontées à la perte d’un être cher.

Bien que, sans aucun doute, toutes ces émotions associées à la perte soient extrêmement difficiles et peuvent être très pénibles, il s’agit souvent d’une peur qui a de grands crocs. Nous avons l’impression que lorsque nous ouvrons notre cœur au deuil, nous y serons perdus pour toujours, nous y resterons plongés à jamais. Nous avons peur que ce désespoir nous consumera et que nous ne verrons plus jamais la lumière. Cependant, la vérité est que le pire du deuil est la peur que nous avons de lui. Le deuil, pour lequel nous nous accordons toute notre permission, est difficile et lourd, mais chacun de nous est capable de le vivre et est capable réellement d’accepter la perte.

Voyons donc ce qui se passe dans nos têtes lorsque nous vivons une perte.

Comment notre psyché fait-elle face au deuil?

J’ai eu le plaisir de lire le livre de Derek Scott “Innovations and Elaborations in Internal Family Systems Therapy”, et comment les différentes parties de notre personnalité réagissaient à une perte.

  1. Les parties responsables qui nous protègent

Lorsque nous perdons quelque chose ou quelqu’un qui faisait partie de notre vie, dès le début, nous entrons en état de choc. Nous rejetons et nions ce qui s’était passé. Ce sont ces parties responsables de nous, qui nous protègent de la douleur, qui à ce stade, est déjà présente sous la surface de notre conscience. La négation inhibe, en quelque sorte, l’activation des parties les plus souffrantes, dont la douleur et le désespoir pourraient être trop accablants.

Souvent les gens qui ont perdu un être cher disent quelque chose comme: « Je n’arrive pas à le réaliser ». C’est parce qu’il existe en nous, ces parties de notre personnalité qui font en sorte que cela ne nous atteigne pas. Elles nous protègent de l’impact des émotions difficiles jusqu’à ce qu’elles soient sûres que nous sommes prêts à tolérer la douleur sans être anéantis. Après quelques jours, quelques semaines, voire quelques mois, ces parties commenceront à céder lentement, nous donnant l’accès aux émotions difficiles occultées dans les profondeurs de subconscient.

2. Les parties qui vivent le deuil

Lorsque les parties décrites dans le point 1 sont prêtes à faire place au deuil, les sous-personnalités qui vivent ce deuil (en anglais, le « Grief cluster ») entrent sur scène. Ce sont les parties responsables de la tristesse, qui protestent, aspirent, regrettent et se sentent coupables. Elles portent toute la souffrance. Elles nous aident sur le chemin inévitable après avoir perdu ce dont nous avions besoin et que nous avons aimé. 
Ce sont les parties de nous qui étaient, au début, maintenues en suspension de sorte que leurs expériences puissent être assimilées progressivement. Leur objectif est que le corps entier intègre (l’âme et le mental aussi) le sens de la perte

3. Les parties responsables du retour à la normalité

En traversant les étapes, nous nous sentons prêts à retourner à notre vie quotidienne. Nous commençons à nous concentrer sur des choses que nous avons oubliées depuis longtemps. Nous pensons à l’avenir. Nous ressentons le besoin d’aller de l’avant.


Bien sûr, il n’arrive jamais que nous soyons prêts immédiatement, mettant fin au deuil en un instant. Les gens oscillent entre le deuil et la volonté d’aller de l’avant. En d’autres termes, dans notre famille intérieure, de temps en temps, il y a une partie qui éprouve le deuil, et une partie responsable du retour à la normalité. Un tel mécanisme nous procure des périodes de soulagement dans un processus souvent long et très douloureux.

Lorsque les parties responsables de l’intégration du sens de la perte (n°2) ont eu suffisamment de temps pour vivre et nourrir ce qui s’était passé, le groupe responsable du retour à la normalité (n°3) commence à dominer et à devenir de plus en plus actif. Cependant, cela ne signifie pas que le deuil est terminé. De temps en temps, nous pouvons encore faire face à des « attaques de deuil » – une vague de douleur intense qui se produit des semaines ou des mois après la perte.

Deuil complexe

La description ci-dessus s’applique au deuil, qui a un cours naturel. Malheureusement, parfois, nous ne nous permettons pas d’éprouver des émotions difficiles (rappelez-vous l’histoire de Marie du début de l’article). Il arrive que les parties qui s’occupent de nous et qui nous protègent de la tristesse soient excessives en nous empêchant de vivre le deuil longtemps après des événements douloureux. Voici les stratégies les plus courantes de ces parties de notre personnalité:

  • Minimiser – réduire le poids de la perte. « Nous n’étions pas si proches « ,  »On ne pleure pas après son chien »,
  • Somatiser – convertir les émotions en symptômes physiques, par exemple des migraines,
  • Remplacer – fuir le deuil en créant un nouvel attachement, par exemple, entrer dans une autre relation immédiatement après la perte de partenaire ou adopter un nouveau chien immédiatement après la perte du précédent.
  • Remettre le deuil à plus tard.

Habituellement, nous avons à faire au deuil complexe lorsque la perte est soudaine et imprévue (par exemple, suicide, meurtre, accident tragique). Les raisons pour lesquelles nous ne nous permettons pas d’expérimenter pleinement le deuil sont multiples. Parfois, cela est lié aux attentes sociales ou à l’influence de nos proches : « Ça fait si longtemps, tu devrais l’avoir derrière toi! »


Lorsque, pour une raison quelconque, nous culpabilisons d’avoir vécu de la tristesse, nous ne nous permettons pas de vivre pleinement l’expérience du deuil, ce qui permet de l’éviter et de le figer dans notre corps, souvent pendant des années.

Je t’invite à réfléchir un instant, si tu trouves quelque chose de similaire dans ta propre expérience. Si tu avais la possibilité de vivre un deuil au cours de ta vie, à quoi ressemblait-il ? Pense-tu que tu l’aies laissé vraiment s’exprimer ? Ou bien as-tu fui en cachant ces émotions au plus profond de toi ? Si tu les avais occultées, as-tu toujours accès à ces émotions ?

Si tu fuis le deuil, il serait peut-être important d’avoir le soutien d’un psychologue ou d’un thérapeute. Travailler à travers les mécanismes internes qui permettent de sortir de la souffrance, te permettra d’entrer dans le processus de deuil. Ce processus qui ne peut être évité. C’est pourquoi plus tôt tu te le permets, plus vite tu t’en sortiras.

Si tu as vécu une perte quelconque récemment, demande-toi : « Est-ce que je me permets de ressentir la tristesse ? ». Demande-toi si tu n’essaies pas d’éviter le deuil. C’est important parce que si tu le fais, cela aura un impact sur toi au cours des prochains mois, voire des prochaines années. De cette manière, tu t’interdis d’atteindre la santé et la sérénité émotionnelle.

Il en est de même avec un enfant qui vit le deuil dans le ventre de sa mère, à travers les émotions inexprimées par ses parents. Un enfant qui grandit dans le ventre de sa mère sera affecté de la même façon qu’elle par le deuil s’il n’est pas vécu. Après l’accouchement, la mère a la possibilité de faire un travail sur elle en réalisant l’importance de vivre ces émotions, tandis que l’enfant, même adulte, pourrait lutter contre les crises émotionnelles sans jamais en connaître la raison.

5 étapes du deuil

Une compréhension profonde du processus de deuil nous aide à faire face à ce que nous vivons après une perte. Dans son livre  »On Death and Dying’ la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross, décrit les 5 étapes du deuil :  

  1. Le déni
  2. La colère
  3. La négociation
  4. La dépression
  5. L’acceptation

Regardons de plus près…

  1. Le déni

La première réaction face à la perte d’un être cher (ou de quelque chose d’important pour nous) est généralement le déni. « Cela n’a pas pu arriver », « Cela ne peut pas être vrai ». A ce stade l’information ne nous parvient pas encore – nous sommes tellement choqués que nous ne sommes pas en mesure de la digérer.

Plus il nous est difficile d’accepter l’information de la perte, plus nous nions la situation existante.

2. La colère

À cette étape de notre cheminement du deuil, nous ressentons de la colère, nous recherchons des coupables, nous nous demandons pourquoi cela nous est arrivé. La colère ne semble pas avoir de fin. Mais il est important de nous permettre de vivre pleinement ce sentiment et de ne pas le fuir, de ne pas l’occulter. La colère a un grand pouvoir et peut être une sorte d’ancrage, nécessaire dans le grand vide que nous vivons. Tôt ou tard, cet état se dissipera, laissant place à la prochaine étape.

3. La négociation

Puis, à un moment, en réponse au sentiment d’impuissance, nous voulons reprendre le contrôle. Nous commençons donc à « négocier » en nous posant des questions telles que: « Si seulement j’avais appelé le médecin plus tôt … »; « Si je me comportais différemment avec lui … ». Dans un sens, nous cherchons un moyen de ramener notre vie à son état antérieur et de nous tourner vers une force majeure. Cela peut s’accompagner d’un sentiment de culpabilité. Nous commençons à penser que quelque chose dans notre comportement a contribué à cette perte.

4. La dépression

Une fois nous avons réalisé mentalement tous les scénarios alternatifs de notre passé, notre attention se concentre sur le présent. Nous sommes prêts à rencontrer  notre douleur. Une profonde tristesse prend place afin de s’exprimer pleinement. Nous la ressentons plus que jamais. Là encore, nous avons l’impression que cet état durera indéfiniment. Cependant, il est important de ne pas percevoir cette étape comme un signe de maladie mentale. Les états dépressifs constituent une réponse tout à fait légitime face à une perte. Si nous nous permettons de vivre pleinement cet état, il disparaîtra tôt ou tard. C’est un élément indissociable du processus de guérison.

5. L’acceptation

Lorsque la tristesse s’atténue, nous sommes prêts à accepter ce qui est arrivé. Cela ne signifie pas que nous nous sentons bien dans cette situation. Cela signifie seulement que nous arrêtons de combattre la réalité. Nous apprenons à vivre avec elle.

Chacun expérimentera son deuil à sa manière et ce processus ne ressemblera pas toujours à ce qui est décrit ci-dessus.

Parfois, l’ordre sera différent, et parfois, certaines étapes peuvent être omises. Chacun est différent et unique, et il n’y a pas de façon  »correcte » pour traverser le deuil. La durée de cet état dépend d’une multitude de facteurs et nous ne pouvons pas prédire quand un tel deuil prendra fin. Il est important de nous donner l’espace nécessaire pour vivre avec nos tripes ce que nous ressentons, sans juger nos émotions.

Souviens-toi, de ne pas avoir peur de demander de l’aide à tes proches ou à tes amis. Ce dont tu as besoin c’est une personne qui reste avec toi, qui passe du temps avec toi, te permet de pleurer tout ton chagrin. Évite toutefois les personnes qui minimiseront ou nieront ce que tu vis (Ce n’est pas si grave. Arrête de désespérer. Il est temps d’aller de l’avant, etc..).

Dans le processus de deuil, pense à accepter des hauts et des bas permanents. Il est parfaitement naturel que tu oscilles entre les sentiments pénibles de tristesse, de colère, de nostalgie, de désespoir, et de la volonté d’aller de l’avant, de planifier l’avenir, de te fixer de nouveaux objectifs. Au fil du temps, des émotions agréables finiront par naître en toi.

Si tu te sens prêt, je t’invite à partager ton expérience sur le deuil. Tout comme les histoires de Marie et de Catherine citées plus haut, je suis certaine que ton histoire pourra également être un soutien à nous tous qui vivons le deuil (ou qui l’expérimenterons à l’avenir).

Si tu connais quelqu’un qui a récemment subi une perte douloureuse, je t’invite à partager avec lui ce texte. Peut-être serait-t-il pour lui un petit manuel vers le chemin qui lui semble en ce moment hostile, douloureux et plein de tristesse?

Et si un jour tu as l’occasion d’être auprès d’une personne en deuil, aide-la à ressentir ce dont elle a si peur de ressentir. Sois son soutien et accueille toutes ses émotions à bras ouverts. Tu contribueras à un processus de guérison qui nous amène à accepter que tout dans notre vie est sujet au changement.

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